La CBI et le moratoire

La CBI et le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine

Dès les années 1920, l’on a reconnu la surexploitation des baleines et la nécessité d’une réglementation mondiale de l’industrie baleinière. Toutefois, les premières mesures prises pour gérer l’intense concurrence entre flottes et nations se limitaient à l’imposition de quelques restrictions. En 1946, en signant la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB), 15 nations baleinières ont convenu d’un régime mondial de gestion et de conservation contraignant.

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Signature de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine en 1946

La Commission baleinière internationale (CBI) a été créée pour mettre en œuvre la CIRCB, bien que les effets de ses premières réglementations soient restés très limités et que la surexploitation se soit poursuivie.

 

Après le pic de la chasse commerciale à la baleine dans les années 1960, décennie où l’on recense plus de 70 000 géantes des océans tuées par les pays, la CBI a commencé à protéger les espèces les plus touchées et à réduire les quotas de capture pour les autres. La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) entre en vigueur en 1975 et, dans la lignée de la CBI, interdit le commerce international des espèces protégées par la CBI contre la chasse commerciale à la baleine.

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Source: Rocha, R.C, Clapham, P.J., Ivashchenko, Y.V. (2015) Emptying the Oceans: A Summary of Industrial Whaling Catches in the 20th Century

En 1982, les gouvernements contractants de la 34e réunion annuelle de la CBI à Brighton, au Royaume-Uni, ont voté à une majorité de 25 contre 7 le passage à zéro des quotas de capture pour la chasse commerciale à la baleine. L’on appelle généralement cette pause ou interdiction le « moratoire ». Il a été mis en œuvre en 1986 et, conjointement avec les interdictions de commerce international par CITES, a effectivement mis un terme au massacre de masse de ces mammifères marins.

 

Ces quarante dernières années, nombre de résolutions ont réaffirmé l’engagement de la CBI envers le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine et de nombreuses tentatives de casser le moratoire, principalement à l’initiative des représentants japonais, ont été rejetées. Pendant cette période, malgré les blocages d’une minorité de pays favorables à la chasse à la baleine, la CBI a mis en place un programme complet de travaux scientifiques tournés vers la conservation pour répondre aux principaux défis rencontrés par ces géantes des océans et d’autres cétacés aujourd’hui, dont la prise accessoire, le changement climatique, les collisions avec les bateaux et la pollution chimique, sonore et plastique.

 

En 2018, après avoir rejeté la proposition du Japon d’un retour de la chasse commerciale à la baleine, la CBI a adopté la Déclaration de Florianópolis (Résolution CBI 2018-5), qui a réaffirmé l’importance du maintien du moratoire et indiqué que la responsabilité de la CBI « de garantir le retour des populations des cétacés à leurs niveaux préindustriels » faisait partie de son rôle au 21e siècle. En réponse, le Japon a quitté la CBI en 2019 et, libéré de son autorité et de sa supervision, a repris la chasse commerciale à la baleine.

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Première chasse commerciale du Japon après sa sortie de la CBI en 2019 © EIA

Malgré son départ de la CBI, le Japon continue d’exercer une influence considérable au sein de la Commission, comme l’indiquent la proposition et le soutien de plusieurs résolutions en faveur de la chasse commerciale à la baleine par des États non baleiniers. Lors de la 69e CBI en 2024, le représentant d’Antigua-et-Barbuda a présenté un projet de résolution visant à lever le moratoire et développer cette industrie, malgré l’opposition de la population à cette pratique. Cette proposition a finalement été retirée, mais les pays en faveur de la chasse à la baleine ont une nouvelle fois réussi à bloquer la mise en place d’un sanctuaire baleinier dans l’Atlantique Sud, une proposition présentée maintes fois par les gouvernements du Brésil, de l’Argentine, de l’Afrique du Sud et des États de l’aire de répartition depuis 1998. En 2024, il ne manquait qu’une voix pour que la proposition atteigne la majorité de trois quarts des voix requise pour l’adoption du sanctuaire. Les gouvernements contractants suivants ont voté contre :

  • Antigua-et-Barbuda
  • Bénin
  • Cambodge
  • Côte d’Ivoire
  • Guinée
  • Laos
  • Îles Marshall
  • Maroc
  • Nauru
  • Norvège
  • Palaos
  • Saint-Christophe-et-Nièvés
  • Sainte-Lucie
  • Togo

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